Christophe Prigent : «il n'y a plus qu'à gagner les Jeux!»
Christophe Prigent est un directeur des équipes de France de canoë-kayak slalom comblé. Avec Tony Estanguet, figure de proue du canoë mondial, et une très forte équipe de kayak qui s’échange depuis six ans les grands titres individuels masculins (européens, mondiaux, olympiques), il peut viser très haut à Pékin en août 2008. Toutefois, compte tenu de la nouvelle donne (un seul représentant par nation dans chaque épreuve de slalom aux Jeux), la première question à régler a été celle de la suprématie nationale. Ce tour d'horizon avec le patron des Bleus a été réalisé avant les course de sélection de Seu d'Urgell, fin mars 2008, qui ont vu Tony Estanguet (C1), Fabien Lefèvre (K1), Cédric Braud-Martin Forgit (C2) et Emilie Fer (Kayak dames) obtenir le sésame olympique. Voici, notamment, la façon dont il abordait ce que l'on nomme les « piges » dans le petit monde du « CK »
«Nous avons un groupe de slalom très fort en C1 et en K1» confirme Christophe Prigent. « Nous gagnons des médailles sur tous les fronts, avec Tony (Estanguet) en canoë, et un roulement en kayak où nous avons tout remporté depuis le début des années 2000, avec des gens différents et un petit jeune sorti brusquement du lot, Sébastien Combot, sacré champion du monde au Brésil le 22 septembre dernier».
Il faudra donc départager tout ce beau monde afin de trouver celui qui représentera la France dans le bassin d’eaux vives de Shunyi en août prochain. Comment ? « En mars 2008, nous allons organiser trois courses de sélection, soit à Pau si le bassin est achevé, soit à Seu d’Urgell en Espagne, le site des Jeux 1992. Le sélectionné olympique sera mathématiquement désigné via un classement par points cumulés. Bref, le premier en bas ira aux Jeux. Il faudra être très bon». En kayak, les appelés ont tous été ou sont champion du monde ou champion olympique : Julien Billaut (champion du monde 2006), Sébastien Combot (champion du monde en titre), Fabien Lefèvre (champion du monde 2002 et 2003, médaille de bronze aux Jeux d’Athènes) et Benoît Peschier (champion olympique en titre).
«Avoir un seul représentant aux Jeux, c’est bien dommage, cela nous prive de la possibilité de gagner deux médailles dans une épreuve, mais je n’ai pas d’états d’âme. A nous de faire en sorte que le matériel soit de qualité, et que nous athlètes se préparent ensemble, sans se regarder dans les yeux ou se tirer dans les pattes ». Toujours à propos du kayak, Christophe Prigent détaille la stratégie de l’encadrement concernant les champions impliqués dans le processus de sélection : « Nous tenons à conserver la confidentialité sur les retours que peuvent faire les entraîneurs de chacun d’entre eux, sur les réglages, sur les sensations, afin que nos athlètes y trouvent leur compte, qu’ils se sentent soutenus. Ils se préparent donc en commun et individuellement, ce sont nos deux axes de travail. Il faut que le bateau en sélection ait une confiance totale dans le staff, et pas que les secrets de l’un soient dévoilés à l’autre». C’est en quelque sorte un problème de riche ! « Et je ne vais pas m’en plaindre », ajoute Christophe Prigent.
Tony Estanguet, le «guide»
La problématique est différente en Canoë, même si le processus de sélection sera le même pour tous, dans toutes les catégories. «Tony est en position très favorable. Il est un peu une tête au-dessus des autres. Nous le connaissons. Il sait comment s’entrainer, il est perfectionniste à l’extrême. C’est un exemple pour tout le monde . Un exemple important. On le regarde, on le suit. Mais il a lui aussi besoin qu’on le soutienne, qu’on le bouge, qu’on le remette en question».
Restent les « doubles » (C2 hommes) et les filles (K1). « Les doubles ? Ils se réveillent, avec la médaille d’argent des jumeaux Luquet lors des derniers mondiaux. Mais entre les Luquet en 2002 et les mêmes en 2007, nous n’avons rien gagné. Aucune médaille. Et ils ne sont plus tout jeunes. Dans cette catégorie, j’attends une médaille aux Jeux. Si elle pouvait être en bronze, ce serait déjà superbe. Du côté des dames, en kayak, nous sommes en progression. Il y a des possibilités avec Emilie Fer et Mathilde Pichery. L’éclosion des femmes au plus haut niveau se passe vers 26-27 ans. Il faut être patients et mener un travail de fond… »
Etonnante équipe de France, toujours présente dans les grands rendez-vous, les échéances planétaires, lors de saisons, comme en 2007, où rien ne se passe jusqu’au véritable Jour J. « Nous n’avons pas été bons en 2007, y compris lors des championnats d’Europe » confirme le directeur de l’équipe de France, « jusqu’aux Mondiaux au Brésil où tout le monde s’est réveillé. Cela a permis de se remettre en question pour mieux "claquer " sur la course qui comptait. Mais c’est ce que nous développons. Nous tendons toute l’année vers un objectif précis. Et celui-là était d’importance. Nous n’avons raté aucun quota olympique. Tout est donc sur les rails et il n’y a plus qu’à gagner les Jeux !».
Le planning de préparation menant vers l’échéance des sélections olympiques est clairement défini : « à la fin octobre 2007, nos athlètes étaient en stage pour 15 jours sur le site olympique à Pékin. Ils ont ensuite enchaîné sur 15 jours de repos, puis sur un gros cycle de préparation physique. Du 7 janvier au 4 février, nous serons pratiquement un mois en Australie, à Penrith, le bassin de slalom des Jeux de Sydney 2000 où nous sommes toujours bien accueillis. Il y aura des courses nationales fin février, puis un nouveau stage collectif. La préparation est donc encadrée, mais nous tenons aussi à laisser du temps libre à nos athlètes pour qu’ils arrivent aux sélections le couteau entre les dents ! »
« Le système alimente le système »
Pour se maintenir au plus haut niveau international, « il faut une envie énorme de naviguer… et que les coaches aient, de leur côté, la même envie de faire naviguer. Les entraîneurs aussi doivent avoir du temps libre pour s’aérer et revenir plus forts. Nous fonctionnons un peu comme une équipe de rugby : le groupe, la connivence, un respect énorme. Notre groupe est fait de fortes personnalités, mais nous nous accordons et nous avançons. Tous les entraîneurs sont, eux aussi, issus du très haut niveau, tous connaissent les ficelles qui y mènent».
Et pour durer, explique Christophe Prigent, « il ne faut jamais cesser de progresser, ne jamais s’endormir. Il faut apporter du sang neuf en sélection. Regardez les Slovaques, nos principaux concurrents. Ils ont une élite d’enfer, mais c’est bloqué, il n’y a pas de relève. Nous faisons marcher nos meilleurs athlètes en les protégeant, tout en intégrant des jeunes sur leurs performances et le système alimente le système». Il ne reste plus qu’à conclure : « Et que le meilleur gagne ! ».









