Dominique Nato pense déjà à Londres 2012

«Un résultat exceptionnel qui laisse un gout amer» : voici, en quelques mots, le bilan des Jeux de Pékin pour Dominique Nato, DTN de la boxe. Exceptionnel pour les trois médailles remportées, une première en 88 ans. Amer pour celles qui n’ont pas été du bon métal ou qui ont tout simplement manqué au palmarès des Bleus, pour des raisons auxquelles le patron du haut niveau pugilistique français ne trouve pas d’explications rationnelles. Mais il est déjà passé à autre chose : les Jeux de Londres, c'est tout de suite, s'il est question de faire mieux encore qu'à Pékin...
«Cette année, nous aurions pu crever le plafond ! Devenir intouchables, si nous étions revenus avec ce que nous aurions dû obtenir» souligne Dominique Nato. «Le sentiment de s’être autant investis », dit-il en parlant de l’ensemble de l’équipe de France de boxe, « nous fait un peu oublier ce qu’auraient pu être nos résultats. Mais sur le moment, c’était dur à digérer. Ce qui est arrivé à Nordine Oubaali et à Jaoid Chiguer en 1/8èmes, à John Mickaël M’Bumba en quarts, à Alexis Vastine en demi-finale, à Daouda Sow en finale… j’ai vu des athlètes abattus, je me suis demandé pourquoi, j’ai cherché à comprendre ce qui s’était passé. Laissons les instances dirigeantes laver leur linge sale. De toutes façons, ça ne changera plus jamais».
«Tous les paramètres étaient réunis»

Parlons donc des satisfactions ! Elles sont réelles pour le DTN de la boxe française, à commencer par «la cohésion du groupe et la performance d’ensemble de nos athlètes. J’avais dit que nos neuf sélectionnés étaient médaillables. Nos résultats authentifient ces propos. Toute la FF Boxe, élus, cadres, athlètes, a été au rendez-vous, et c’est cela que les médias et le monde institutionnel ont retenu. Les athlètes nous ont apporté un sentiment de fierté, à plusieurs reprises. Des vainqueurs des fois battus à mi-combat, qui sont revenus et ont arraché la victoire. Si la boxe était un sport chronométré, je dirais qu’une grande majorité a amélioré son record personnel».
Dominique Nato explique aussi comment il a mené une équipe si performante jusqu’au ring du Palais des ouvriers à Pékin : «Nous leur avons donné tous les outils pour qu’ils puissent se surpasser. Tous les paramètres étaient réunis. C’est toujours une somme de détails qui entraîne la réussite ou provoque l’échec. La préparation n’a pas démarré un ou deux mois avant, mais deux années plus tôt. Et tout écart peu se payer cher. La prise en charge personnelle a été très importante, c’était mon message en 2006 : sachez vous gérer !»
Il y a aussi eu une nouvelle approche : la psychologie. «Logiquement, c’est l’entraîneur qui doit être armé psychologiquement. Mais il y a beaucoup de choses qui peuvent lui échapper. Nous avons fait appel aux services de Meriem Salmi, la « psy » de l’Insep. Elle a fait l’interface, libérant le coach de certaines de ses tâches. Le groupe France a été parfait sur cette approche particulière. Nous avons pu évacuer les problèmes personnels. Un athlète doit être capable de se libérer au-delà de ses limites. La confiance résulte d’un travail sur le plan personnel et collectif. Il faut se mettre derrière lui, et pas en face. Il faut expliquer ce que l’on va travailler et pourquoi. : « Si je te dis ‘tu tapes 10 secondes sur ce sac à la fréquence maximum’ je te convaincs en même temps que cela va te faire gagner de la vitesse !»
Un changement de cap deux ans avant l'échéance...

«Tout est lié» poursuit Dominique Nato, «Qualifier 9 boxeurs pour les Jeux, c’était une responsabilité supplémentaire. Nous avons réussi à avoir des athlètes surmotivés, mais il a fallu tout d’abord les recadrer. Il y a eu des moments difficiles durant cette olympiade, car les gens n’arrivaient pas à se situer les uns par rapport aux autres. Il a fallu redéfinir un code de déontologie, resituer le débat par rapport aux objectifs ».
Le DTN est intervenu comme garant des règles mises en place : «Sept pages de règlement, le code de la route de notre institution. Chacun a signé la convention».
La route menant aux succès pékinois s’ouvre en juillet 2006, après des mauvais championnats d’Europe (une seule médaille, en bronze). «Nous étions tous responsables. Nous avons pris conscience qu’il fallait changer de cap, mieux utiliser les compétences des uns et des autres et que je devais pour ma part revenir sur le terrain, au bord du ring. Nous avons fait des choix importants validés par notre fédération. Nous avons renforcé l’organisation autour de nos athlètes et nous n’avons viré personne. Pour l’encadrement, notre choix a été celui de la jeunesse. Utiliser les anciens et intégrer des jeunes loups dans le système, comme John Dovi et Mehdi Nichane qui avaient des choses à amener. Un mélange d’expérience et de culot, exactement comme dans le groupe d’athlètes !»
Dominique Nato revient sur les « dysfonctionnements » du tournoi olympique pékinois («Il y a eu des dérives au niveau du jugement. Il s’est passé des choses bizarres, liées à la désignation des juges et qui ont nui à nos résultats. Tout le monde a vu Alexis Vastine, mais il n’est pas le seul à avoir été lésé ! ») et rappelle en guise de conclusion de la campagne 2008 « On avait peut-être l’équipe la plus performante depuis que je suis dans le circuit. La mieux préparée. Tout était parfait pour au moins six de nos boxeurs. Ils ont donné tout ce qu’ils pouvaient, et même plus. La force de ce groupe est d’avoir répondu présent la semaine S, le jour J, l’heure H, la minute M, et à répétition».
En route pour Londres 2012

L’exploit pékinois est à répéter, à embellir, dans quatre ans à Londres, «et nous y sommes déjà » dit le DTN. «Nous allons repartir avec un groupe d’athlètes et de cadres, en restant sur la dynamique mise en place en 2006. Nous allons lier les secteurs «jeunes» et «seniors» en uniformisant les systèmes d’entraînement, pour que les jeunes soient «préformés» aux méthodes du haut-niveau. Ce secteur sera pris en charge par Mehdi Nichane, et il y aura un coordonateur dans chacun d’entre eux. Kevin Rabaud devient DTN adjoint. Nous comptons rester vigilants sur les détails. Je resterai capitaine du bateau, mais il faut attendre les élections fédérales de février 2009. Nous ferons nos propositions au président Humbert Furgoni, s’il est réélu, pour une politique sportive sur quatre ans. Si tout est mis en place, je travaillerai sur la détection, la formation de la base, afin de tenter d’amener la même rigueur partout. La rigueur dans le travail, et le travail dans la rigueur. Nous devons fonctionner sur un triptyque : Volonté, Travail, Rigueur. Aucun de ces éléments ne doit jamais manquer !».










