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André Auberger : « Ma vie au service des handicapés »

 

« Un fauteuil pour la vie », présentation au CNOSF

Mercredi 22 avril, André Auberger, ancien président de la Fédération Française Handisport et trésorier du Comité National Olympique et Sportif Français a présenté son ouvrage autobiographique « Un fauteuil pour la vie », dans l’amphithéâtre de la Maison du sport français à Paris.

L’assistance offrait un parterre attentif et bienveillant, où se croisaient des présidents de fédération (dont son compagnon de longue date qui l’a remplacé à la tête de la fédération handisport, Gérard Masson), des membres du CNOSF, mais aussi le Secrétaire d’Etat aux sports, Bernard Laporte , et bien sûr de grands champions paralympiques (Assia El Hanouni, Claude Issorat…).

Une assemblée empreinte d’émotion quand André Auberger raconte son enfance à Chamalières ou fait le récit de l’embuscade qui, le 6 mars 1962 en Algérie, l’a condamné à « un fauteuil pour la vie ». S’ensuivit de nombreuses années de soins et de rééducation, en Algérie d’abord, où, après avoir reçu l’extrême-onction, André Auberger dut la vie sauve à deux médecins, les docteurs Aulong et François ; au Val de Grâce et aux Invalides ensuite. Le professeur Aulong était d’ailleurs présent. Il a évoqué la guerre d’Algérie et cet hôpital Maillot d’Alger où s’est liée une amitié indéfectible avec André Auberger.

C’est finalement en Touraine, qu’André Auberger a développé son investissement pour le sport et les handicapés. Il y a 35 ans, André Auberger créait ainsi le « Trophée cycliste handisport », avec la participation généreuse de Raymond Poulidor, dont l’investissement s’est renouvelé années après années depuis lors. « Poupou », présent lors de cette présentation a ainsi témoigné : « J’ai été séduit par le courage qu’avait André pour créer cette épreuve, mais aussi par cette volonté extraordinaire manifestée par tous les participants. Les 35 kilomètres du parcours étaient bouclés à 40km/h ! De retour chez moi, je me suis confié à mon épouse “quelle leçon ils nous ont donné… on n’a plus le droit de se plaindre ! ».
La prochaine édition de ce trophée qui l’an dernier a réuni près de 10 000 spectateurs se tiendra le 17 octobre 2009.

André Auberger, c’est également 15 ans de basket handisport, une discipline pratiquée à haut niveau jusqu’à son accession à la tête de la fédération française handisport. André Auberger a d’ailleurs évoqué ses débuts comme dirigeant du handisport : « Nous logions dans des casernes… rien n’était prévu pour nous les handicapés. Avec mes camarades, nous avions des chantiers immenses devant nous, pour améliorer l’accessibilité (des sites de pratiques, des moyens de transport, des logements etc.), mais aussi faire changer les mentalités. Le chemin fut long pour finalement nous conduire rue Louis Lumière dans le 20ème arrondissement de Paris, où siège désormais la Fédération Française Handisport ».

Jacques Chirac, en déplacement, avait tenu à participé à l’évènement et avait confié à Marie-Claire Restoux, championne olympique de judo et ancienne conseillère aux sports à l’Elysée, le soin de lire un message dans lequel il saluait « la qualité exceptionnelle du dévouement et de l’implication d’André Auberger dans le développement du sport olympique et paralympique ». Jacques Chirac tenait à saluer « l’homme de combat, l’homme d’engagement et surtout l’homme de cœur » qu’est André Auberger : « Votre ouvrage est émouvant et porteur d’espoir. Il nous invite tous à utiliser les obstacles de la vie comme autant de tremplins ».

Henri Sérandour : «Moi je t'aime, André»

Guy Drut a aussi pour sa part lu un message de Juan Antonio Samaranch. Le président d’honneur du CIO a salué « le long et exemplaire parcours d’homme au service du sport et du Mouvement olympique » d’André Auberger. Evoquant le parcours d’André Auberger, Juan Antonio Samaranch déclare ainsi : « C’est à la fois une approche humaniste de la vie et du sport et une véritable leçon de courage. »

L’émoi, André Auberger l’a également ressenti quand Henri Sérandour, « mon frère » comme il l’a ainsi exprimé sur scène, a pris la parole. Le président du CNOSF, avec lequel André Auberger a connu quatre mandats, a manifesté « une certaine émotion » à être présent pour rendre hommage à André Auberger, dont il a fait « la connaissance au début des années 1980, en tant que président de la Fédération Française de Natation ».

Henri Sérandour, qui a ensuite lu un message émouvant de Madame Roselyne Bachelot, ministre de la Santé et des Sports, a par ailleurs expliqué : « nous avons eu de très bonnes relations de suite. Ce n’est pas facile d’aborder le handicap, André Auberger a facilité les choses. Pour nous ça a toujours été André, président de la fédération française handisport, trésorier du CNOSF, pas André en fauteuil. Il nous a donné des leçons d’humilité ».
Saluant « sa fidélité, son amitié, son sens des responsabilités, du devoir, de l’engagement », Henri Sérandour a finalement conclu par un vibrant « Moi, je t’aime André ».

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André Auberger : « Ma vie au service des handicapés »

André Auberger, ancien président de la Fédération Française Handisport (1980-2007), trésorier et membre du bureau exécutif du CNOSF, fondateur de la résidence internationale de Paris, publie aux éditions Le Cherche Midi, son autobiographie « Un Fauteuil pour la vie ». Interview, à l’occasion de sa présentation, le 22 avril 2009 à la Maison du Sport Français.

De quand date votre engagement sportif ?
Jeune, je faisais beaucoup de sport. Du football notamment, et j’étais passionné de tir. Mais il faut que je vous raconte mon histoire. Elle commence le 6 mars 1962. C’est la date de ma blessure en service commandé, durant la guerre d’Algérie. J’étais un jeune appelé. Etant fils unique, j’ai été envoyé d’office en Algérie. Le gouvernement considérait en effet que chaque famille devait participer à l’effort de guerre. Je suis parti en me disant «Tu vas finir ta licence, et quand tu reviendras, tu pourras préparer l’inspection bancaire», car j’aimais les chiffres et les questions financières.

Je suis arrivé à Alger le 6 janvier 1962. J’ai fait les EOR (élèves officiers de réserve) et nous sommes directement partis en opération, dans des conditions très particulières. Nous étions proches du cessez le feu, dans une période où ça chauffait particulièrement. Un soir, près d’Alger, nous sommes tombés dans une embuscade. Il était 22h30. Cela tirait de partout, chacun essayait de sauver sa peau. Mon peloton a déploré un mort et cinq blessés. J’en faisais partie, sévèrement touché. Je ne me souviens plus de ce qui s’est passé ensuite, mais je sais qu’on m’a emmené à l’infirmerie du camp, au dessus d’El Biar. J’ai reçu l’extrême onction. J’avais perdu trop de sang. Heureusement, l’officier de service à l’infirmerie a vu ma plaque sur laquelle était inscrit «Auberger» et a ainsi reconnu un copain de lycée ! Il a prévenu le service où deux chirurgiens ont dit «il est comme mort, mais nous allons essayer de le sauver». Je leur dois la vie. Les docteurs Aulong et François.

Je suis resté 17 jours à l’hôpital Maillot en Algérie, puis je suis parti pour Lyon en transit et enfin, je suis arrivé au Val de Grâce à Paris où je suis resté un an avant de passer encore deux ans et demi à être soigné en rééducation aux Invalides. Je suis paraplégique, et la France m’a offert un fauteuil pour la vie.

A l’été 1965, je suis parti. Je me suis marié et nous nous sommes installés à Tours. Comme j’avais préparé l’inspection bancaire, je devais ouvrir le premier guichet de la société générale à Clermont Ferrand, mais rien n’était possible pour un homme en fauteuil. J’ai dû quitter la banque car l’accessibilité était inexistante. Partout. J’ai décidé de refaire du sport. Il n’y avait rien à Tours pour les handicapés. Avec un copain, nous nous sommes lancés, nous avons crée des clubs, d’abord à Tours, puis dans le Loir et Cher, l’Eure, le Loiret, l’Indre et toute la région Centre. Les premiers sports pratiqués étaient le tir à l’arc, le tennis de table, le basket…

De qui vous êtes-vous inspirés ?
A l’origine du sport pour les handicapés, et même des Jeux Paralympiques, il y a un docteur d’origine allemande devenu britannique : Sir Ludwig Guttmann. C’est lui qui a compris le premier que tous les handicapés avaient les mêmes besoins, envies, capacités à se dépasser que les «valides». Il a commencé en incitant ses patients à pratiquer le tir à l’arc. Dès les Jeux Olympiques de Londres en 1948, il organisait en parallèle la première compétition handisport : les "Jeux mondiaux des chaises-roulantes et des amputés" (World Wheelchair and Amputee Games) connus plus tard sous le nom de Jeux de Stoke-Mandeville, destinés à la réhabilitation par la pratique du sport, des vétérans et victimes de la guerre devenus paraplégiques. Son centre de soins et de rééducation, à Stoke-Mandeville en Grande-Bretagne, est le berceau du «handisport».

Vous vous êtes donc lancé dans une carrière de dirigeant…
Oui, à partir des années 1968-1969. J’étais un dirigeant local, puis régional. Le handisport en France n’était pas fédéré quand je suis devenu le trésorier de la Fédération Française Omnisports pour les Handicapés Physiques (FFOHP), puis le regroupement s’est fait pour que naisse en 1976 la Fédération Française Handisport. J’en suis resté le trésorier jusqu’en 1980, puis j’ai été élu président. Je suis resté 27 ans à ce poste. Je suis également resté 10 ans président de mon club à Tours.

Choqué de constater que nous n’étions pas suivis médiatiquement dans nos efforts, je me suis lancé dans l’organisation d’une compétition regroupant valides et handicapés dans un de mes sports favoris : le cyclisme. Nous avons réussi à faire venir les plus grands champions français, à l’époque (en 1974), Raymond Poulidor, Bernard Thévenet, Jean-Pierre Danguillaume. Le trophée que j’ai crée existe toujours aujourd’hui, il s’est disputé à Montlouis sur Loire devant 10. 000 spectateurs en 2008, pour ses 35 ans, et Raymond Poulidor est toujours présent !

En 1989, je suis également devenu trésorier fondateur de l’IPC, le comité international paralympique. J’ai fait trois mandats jusqu’en 2001. Au départ, nous n’avions pas d’argent. Quand je suis parti en novembre 2001, nous avions 3 millions de dollars dans nos caisses. A partir de 1993 et de l’élection de Henri Sérandour à la présidence du CNOSF, j’en suis également devenu le trésorier. Jusqu’à aujourd’hui…

Quelles sont les grandes étapes de votre parcours ?


Avec Nelson Paillou..

Au début des années 1980, quand je deviens président de la Fédération Française Handisport, je vais voir la ministre des sports, Edwige Avice. Je lui explique que nous n’avons rien pour pratiquer le haut niveau : pas d’installations, pas d’accessibilité, notamment dans les CREPS ! Je lui dit « Nous devons aménager 10 CREPS en France !» et elle me suit. A la même époque, j’interpelle Jacques Chirac, maire de Paris en lui suggérant la construction d’une résidence internationale dans la capitale. Il me donne 15 jours pour lui faire une proposition. Je la lui apporte et il me dit «banco !». Il aura fallu dix années pour mener ce projet à bien. Aujourd’hui, cet édifice situé dans le XXe arrondissement fonctionne merveilleusement, pour le sport, pour les jeunes handicapés. Il offre 300 lits.

Parallèlement lorsque Nelson Paillou succède à Claude Collard à la tête du Comité National Olympique et Sportif Français, le 30 mars 1982, j’entre au Conseil d’Administration. Je dois à cette époque être le seul dirigeant handicapé au monde à siéger dans un CNO. En 1985, je deviens trésorier adjoint.


Avec Henri Sérandour..

En 1993, quand Henri Sérandour accède à la présidence, il me demande immédiatement de devenir trésorier. Pour ma part, je lui demande de m’introduire auprès du président du CIO, Juan Antonio Samaranch. Henri, mon «grand frère», facilite un entretien où j’explique que «le handisport n’a ni argent ni moyens. Qui peut nous aider à part le CIO ? Nous sommes 50 pays regroupés dans la fédération internationale, nous pourrions être plus du double. Aidez nous pour la solidarité et le développement, pour apprendre à chaque pays que l’on peu initier des cadres, des athlètes ». Monsieur Samaranch me répond «Je vais vous aider, présentez-moi un dossier». Ce que je fais. Il accepte mes propositions. Le handisport va peu à peu s’intégrer dans le mouvement olympique.

Selon quelle chronologie ?
Historiquement, les premiers Jeux paralympiques ont eu lieu à Rome en 1960. Ils étaient en fait, encore, les «Jeux de Stoke-Mandeville» organisés par le docteur Guttmann. Il a fallu attendre 1976 pour voir les premiers « paralympiques » d’hiver. Les Paralympiques ont toujours eu lieu au même endroit que les JO à deux exceptions près : en 1968 (Tel Aviv au lieu de Mexico, dont on jugeait l’altitude trop élevée) et en 1980 (Arnhem aux Pays-Bas au lieu de Moscou). Mais tout se faisait en parallèle : quand le CIO décidait du choix d’une ville pour organiser les JO, on ne parlait pas des Paralympiques. Le docteur Guttmann tentait de rappeler leur existence et on lui répondait «C’est quoi ? Nous n’avons pas d’argent !».

A partir de 1984, les JO sont devenus bénéficiaires mais Los Angeles ne voulait pas de nous. Nos Jeux se sont passés à New York dans la confidentialité pour les «debouts» et devaient se disputer à Champaign dans l’Illinois pour les «fauteuils». Mais l’organisation a capoté car l’organisateur s’est enfui avec la caisse, et nous nous sommes retrouvés à Stoke-Mandeville, notre berceau. En 1988 à Séoul, c’était toujours pareil : nous étions dans la confidentialité et sans moyens. Le Comité organisateur des Jeux n’était pas intéressé. Mais les Coréens ont construit pour nous un village accessible…

En 1992 je me suis bagarré pour que les Paralympiques d’hiver soient disputés à Tignes sur les mêmes installations que les jeux d’Albertville. Enfin, l’été suivant à Barcelone, les installations, le village, tout était adapté. Le pli était enfin pris. Toutefois, il subsistait encore deux comités d’organisation distincts lors des Jeux 1996 à Atlanta. En 2000, Juan Antonio Samaranch, après une réunion à Sydney à laquelle j’avais participé en compagnie d’Henri Sérandour, lançait «dorénavant, plus jamais de Jeux Olympiques sans Jeux Paralympiques».

Paris, candidat à l’organisation des Jeux 2008, présentait, à Moscou en 2001, un dossier dans lequel la France s’engageait à tout prendre en charge, intégrant notre évènement dans son projet. Le Chinois ont vu notre dossier, et ont ainsi pu compléter le leur. Conclusion : les premiers Jeux Olympiques et Paralympiques à comité d’organisation unique, la première véritable «fusion» de ces deux évènements, date des Jeux de Pékin 2008. Avec Henri Sérandour, nous ne sommes pas étranger à cette évolution…


La résidence internationale de Paris

Il me faut aussi rappeler notre défaite à Singapour, le 6 juillet 2005, pour l’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques de 2012 à Paris. Nous y croyions, nous ne les avons pas eus. Nous avons perdu. On nous a volé les Jeux. Je l’ai très mal vécu. Et j’ai décidé de quitter mon poste à la Fédération Handisport. J’ai quand même fait construire un étage de plus à la Résidence Internationale de Paris. Je suis parti en 2007, après que cet étage ait été mis en service.

Que reste-il à faire aujourd’hui ?
Tout tourne en fait autour de l’accessibilité. C’est loi d’être encore parfait, et nous avons jusqu’en 2015 pour y arriver. Cela concerne l’hôtellerie, la culture, les installations sportives, les transports. Heureusement, les choses évoluent…

Par ailleurs, depuis une vingtaine d’années, les enfants handicapés sont intégrés à l’école avec les autres, mais ils n’ont malheureusement pas la possibilité de pratiquer des activités physiques et sportives dans le cadre de leurs établissements scolaires. Ils sont en général dispensés, soit pour des problèmes d’accessibilité, soit parce que les éducateurs n’ont pas la compétence nécessaire. Le plus important chantier est ici…

Pourquoi avoir écrit ce livre ?
Au départ, je n’y songeais pas. Nous avons quand même édité un ouvrage il y a quelques années, intitulé « la même flamme », un livre d’images pour les 50 années du handisport. Un jour, le patron des éditions du Cherche Midi m’a dit « il faut écrire un livre autobiographique ». Je lui ai répondu « Pas avant mon départ du CNO ! » qui est programmé en mai 2009. Mais il a insisté pour que je le rédige « avant les Jeux de Pékin ». Et je m’y suis mis en mars-avril 2008. Le directeur délégué du Cherche Midi et mon ami Maurice Bruzek m’ont aidé à le structurer. Il n’a pas été possible de le publier avant les Jeux. J’ai fini la rédaction en octobre, Michel Drucker a rédigé la préface et l’ouvrage était prêt en décembre. Je pense qu’il y a des parties intéressantes dans ce bouquin.


En famille

Votre parcours aurait-il été le même sans cette blessure en 1962 ?
J’ai toujours voulu réussir, et j’ai toujours eu la passion des chiffres. Mais j’étais un égoïste, comme tout le monde. Il a fallu que je me retrouve en fauteuil pour comprendre la vie et les autres. Comme j’ai également toujours été passionné de sport, j’ai décidé de consacrer ma vie au service des handicapés en ayant toujours à l’esprit de rester proche des athlètes et des enfants.

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André Auberger, membre du Conseil d'Administation et trésorier du CNOSF, fut durant 27 ans le président, le bâtisseur de la Fédération Française Handisports.

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